Dimanche soir, pour beaucoup de partis, c'était la douche froide.
Le plus grand perdant, c'est la démocratie. Mon bureau de vote du Perreux sur Marne, le dimanche matin était carrément vide. Alors que d'ordinaire, il y a la queue. J'en ai discuté autour de moi, les uns avaient un barbecue, les autres préféraient profiter du soleil, certains avaient oublié de faire le changement d'adresse... Bref, tout le monde avait des excuses pour ne pas voter.
Comme ça, Sarkozy a eu l'impression d'avoir eu un plébiscite. Bravo, les gars! L'UMP vous remercie.
Le Modem a manqué la dernière ligne droite. 8% et des poussières, c'est le "score naturel" du centre. Le premier truc à faire, ça serait d'arrêter de mettre en avant Marielle de Sarnez. C'est le genre de personne qui n'a aucune idéologie, aucun respect pour les militants et qui veut juste un mandat à tout prix. Elle n'a pas plus foi en Strasbourg qu'elle n'avait de foi en Paris. Mais à chaque fois, elle a joué des coudes et elle s'est retrouvée en tête de liste. En prime, avec son vide abyssal, elle entretien le "Bayrou est tout seul".
Le grand perdant fut le PS. Un peu plus et il glissait en 3e position. Dans Le grand journal, Martine Aubry était pathétique. Après l'habituel "Bayrou=UMP", elle tenta des intimidations "21 avrilesque" sur le vote pour les "petites listes de gauche". Puis elle essaya vaguement de taper sur Baroso (alors que le PSE veut, de fait, son maintien) le libéralisme (alors que le PS a voter le traité de Lisbonne) et d'invoquer le PSE. Le PSE? Quel PSE? En théorie, avec la crise, les Européens devraient vouloir "sortir les sortants" Libéraux. Sauf qu'en Allemagne, le SPD est pris en tenaille entre Die Linke (qui lui a volé son électorat) et la CSU/CDU (avec lequel il n'affiche qu'une différence de façade.) En Italie, Berlusconi est englué dans ses affaires de m½urs, mais la gauche est ultra-atomisé avec une tentative de coalition allant du centre à l'extrême-gauche et qui n'est d'accord sur rien. En Belgique, le PS, très wallon, est bien le seul à défendre un pays uni et à majorité wallonne, alors que les Flamand réfléchissent déjà à un corridor pour relier Bruxelles aux villes Francophones de Halle et Vilvoorde. Quant à la Grande-Bretagne, Gordon Brown est en train de se noyer avec le scandale des notes de frais. Pour sauver son poste, il joue les contorsionnistes et il n'est pas vraiment en mesure d'aider qui que ce soit... Enfin, en France, personne n'a cru au bras dessus/bras dessous de Martine Aubry et Ségolène Royal. De toute façon, avec la crise, le PS et sa ligne social-démocrate ont explosé en vol (avec Delanoé et DSK, ex-futur.) Le parti est aux fraises et ils en sont à se battre pour la candidature aux présidentielles de 2012...
Un autre perdant, dont on a peu parlé, c'est le Front de gauche. Jean-Luc Mélenchon pensait avoir fait un hold-up. A un moment, il talonnait les Verts et le Modem. Tout ça pour finir à 6%.
Puis il y a l'OVNI d'Europe-Ecologie. C'est un peu comme les Rolling Stones: tous les 5 ans, Daniel Cohn-Bendit fait la tournée des plateaux de télé avec un drapeau vert dans une main et un drapeau écologiste dans l'autre. Le casting était parfait: l'ex-Mao-soixante-huitard devenu libéral, la juge "incorruptible" (de quoi rappeler l'époque où De Villiers exhibait Thierry Jean-Pierre, le juge du dossier RPR, tel un Pokémon) et l'alter-bobo. Evidemment, chacun a ses casseroles. Sans remonter loin. Cohn-Bendit fut littéralement viré par les Grüne Allemands, Eva Joli fit long feu en Norvège et José Bové le "rurbains" n'arrive pas à s'implanter durablement dans une structure.
Home me reste en travers de la gorge. Tout le monde s'est ému que la vieille du scrutin, Obama débarque en France pour faire des photos avec Sarkozy. Avec le vague prétexte du 55e anniversaire d'un débarquement dont tout le monde se contrefout. C'était une belle opération de com'. La preuve: il n'y avait aucun autre chef d'état présent, la Reine Anglaise n'ayant même pas été invitée. A contrario, que l'on diffuse un documentaire écolo-millénariste n'a choqué personne. Aucune protestation du CSA pour un film qui sort simultanément en salle, en DVD et passe à la télé. Aucune protestation des professionnels de l'audiovisuel sur un film diffusé gratuitement sur YouTube, en plein combat sur Hadopi. aucune raillerie sur le producteur, François Pinault (proche de Ségolène Royal et qui s'apprête à fermer un à un les magasins FNAC) et sa volonté d'améliorer son image. Aucune critique sur Yann Arthus-Bertrand, photographe qui a survendu La terre vue du ciel (livres, calendriers, DVD...) et qui se découvre une vocation écologiste sur le tard (au point de jouer les donneurs de leçon.) Et franchement, qui avait entendu parler de cette "journée mondiale de l'environnement" au nom de laquelle il était impératif de diffuser ce film le 5 juin. Il est évident que l'UMP s'est servi de Home (un bon moyen de faire voter les sympathisants écologistes, voir de transformer des votes Modem-PS en votes Europe-Ecologie.) Au mieux, ils ont dit oui à toutes les requêtes de Yann Arthus-Bertrand (sortie simultanée le 5 juin sur la télé, en DVD, en salle et sur YouTube; diffusions en prime time, etc.) et lui ont passé des coups de fils. Au pire, ce clone d'Une vérité qui dérange n'était qu'un missile mitonné en sous-main par la Sarkozie (et la gauche Carla.)
De toute façon, comme les Rolling Stones, une fois le show fini, Daniel Cohn-Bendit va de nouveau s'éclipser 5 ans et les Verts reviendront à leurs 2% aux prochaines électios.